ARTICLE ' LA DEPECHE .FR '

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Les plaintes concernant des supposés «morts au combat» se multiplient, mettant l'armée sur la sellette. Photo AFP.

Colombie. Pour toucher des primes l'armée tue des innocents
Des soldats sont suspectés de faire assassiner des civils pour gonfler les résultats de la traque contre les FARC.

La traque aux guérilleros des Farc, désormais déstabilisés, fait rage en Colombie. Mais dans un climat de curée confuse qui ne plaide pas pour l'image du régime.

Au fil des années, la lutte contre la rébellion marxiste a tourné à la « sale guerre », donnant lieu à des dérives sanglantes que les forces militaires légales ont tâché tant bien que mal de « couvrir » quand elles ne les ont pas manigancées.

Les mauvaises habitudes contractées dans ces longs combats par des unités paramilitaires plus ou moins contrôlées par le pouvoir, ou agissant avec la bride sur le cou, ont rabaissé la vie humaine à vil prix.

Ainsi, un « ennemi » guérillero abattu vaut 5 jours de repos à l'auteur de la « prise ». Une sorte de médiocre salaire du sang qui a renforcé ou suscité des vocations. Surtout, plusieurs centaines de disparitions suspectes ont été transmises à la justice.
Les familles de beaucoup de « morts au combat » mettent en doute la version officielle servie par les autorités.

Scénario : un homme disparaît et on le fait réapparaître les pieds devant pour faire gonfler à bon compte le tableau de chasse des unités antiterroristes.

Des témoignages recoupés accréditent cette version noire : de mystérieux recruteurs prospectent les milieux pauvres, proposant argent et avantages pour des missions bidons. On ne revoit jamais les candidats vivants.

Certains de leurs amis qui, eux, ont repoussé les avances des agents recruteurs, s'étonnent de les retrouver sur des listes de supposés guérilleros tués.

Quelquefois, le temps entre la disparition des victimes et leur réapparition rend simplement improbable le fait qu'ils aient pu rejoindre un groupe maquisard par les moyens ordinaires.

Le cloisonnement des réseaux et la désorganisation actuelle des combattants marxistes après la mort de plusieurs leaders historiques sont propices à ces bidouillages.

Mais les cas se multipliant, le doute s'est insinué. L'ONU et les organisations de droits de l'homme relaient ces accusations dont Bogota a opportunément décidé de décharger la justice civile, les militaires étant jugés plus à même de traiter ces affaires qui renvoient le pays aux heures sombres de son histoire récente.

Alors que se développe une opération mains propres destinée à tourner la page avec les méthodes du terrorisme d'état, ses exactions et ses soldats expéditifs, ces révélations tombent mal pour le président Alvaro Uribe qui a fait de la lutte contre la guérilla son principal argument électoral. Mais c'est peut-être là qu'il faut chercher l'erreur.

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# Posté le dimanche 12 octobre 2008 06:03

ARTICLE ' LE TEMPS '

En Colombie, des disparus «tués au combat»


En Colombie : des corps de civils ont été identifiés dans des fosses. Issus de quartiers pauvres, ils avaient été présentés par l'armée comme des rebelles morts lors d'affrontements.

Depuis neuf mois, les proches de Joaquin Castro espéraient que le jeune homme, disparu un dimanche de janvier, allait enfin donner des nouvelles. Mais leur espoir s'est éteint le 20 septembre dernier: sa mère a reçu un appel de la médecine légale, pour aller identifier son cadavre. Il avait été abattu par l'armée deux jours après sa disparition, à 400 kilomètres de la banlieue pauvre où il vivait. La découverte a permis de dévoiler une pratique sanglante des militaires colombiens: l'assassinat de civils pour gonfler les chiffres de résultats contre les guérillas marxistes.

Le corps de Castro avait été retrouvé, avec ceux de dix autres habitants des quartiers déshérités de Bogota, dans un cimetière rural proche d'Ocaña, une ville isolée du nord-est de la Colombie. Tous avaient été présentés par les gradés comme des guérilleros et des «membres de bandes criminelles» «morts au combat». «Les médecins légistes n'avaient pas pu les identifier au moment du décès et ont dû les enterrer dans une fosse commune», raconte Jesus Sanchez, fonctionnaire municipal d'Ocaña. Il a fallu croiser leurs données avec celles d'un fichier de disparus, des mois plus tard, pour que la lumière soit faite.

Réseaux criminels

Très vite, la version officielle d'un combat avec les soldats a vacillé. Beaucoup des disparus ont été abattus un à deux jours après leur disparition, et deux d'entre eux étaient handicapés mentaux... Ces curieuses recrues auraient à peine eu le temps de descendre de bus, après une journée sur les routes montagneuses de Colombie, pour recevoir un fusil et se faire tuer. «Ils n'ont pas été recrutés par des bandes armées, mais bien enlevés en vue de leur homicide», a accusé la directrice de cabinet de la mairie de Bogota, Clara Lopez.

En quelques jours, la presse a révélé la découverte de 30 autres disparus «morts au combat», aux quatre coins du pays. L'ONU a aussitôt dénoncé l'existence dans le pays de «réseaux criminels» chargés de recruter les futures victimes en échange de «bénéfices personnels». Selon les informations de l'organisme, les assassinés, pauvres, ont à chaque fois été séduits par une proposition de boulot «légal ou illégal», et leurs corps présentés comme ceux de guérilleros ou délinquants quelques jours après. Un ami de deux des tués de Bogota a renforcé cette hypothèse. Selon son témoignage, entendu par les enquêteurs, un soldat et un sous-officier lui ont proposé 2 millions de pesos (670 euros) pour chercher un butin enterré à quelques heures de la capitale. Lui a douté, mais ses copains se seraient laissés embarquer.

Tout en promettant de collaborer à l'enquête, le ministre de la Défense, Juan Manuel Santos, a demandé des résultats le «plus rapidement possible pour lever le doute sur l'armée». «Je me refuse à croire, comme on me le dit, qu'il y ait toujours des réduits des forces de l'ordre qui exigent des corps comme résultats», a-t-il déclaré.

Pourtant, au début de l'année, un sergent en service à Ocaña a été remercié après avoir dénoncé des assassinats méthodiques de civils. Les soldats, a-t-il accusé, voulaient ainsi bénéficier des cinq jours de repos attribués pour chaque «ennemi» abattu. Il y a 750 cas d'exécutions de ce genre entre les mains de la justice, dans lesquelles seraient impliqués 180 militaires, dont des dizaines d'officiers. La pratique serait même en augmentation: un tiers des cas sont survenus pendant la seule année 2007.

«Rideau de fumée»

Dans le cas des victimes de Bogota, des associations de victimes s'alarment déjà du tour que prend l'enquête: les dossiers de trois d'entre eux ont été transférés à la justice militaire. Cette institution «a toujours tendu un rideau de fumée pour blanchir les responsables», s'inquiète Gloria Gomez, dirigeante de l'Association des familles de disparus. Par le passé, les juges militaires ont même entraîné la condamnation de l'Etat colombien par la Cour interaméricaine des droits de l'homme pour avoir étouffé des affaires de meurtres de civils. «L'Etat a payé, rappelle Gloria Gomez, mais n'a jamais permis que la vérité soit établie.»

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# Posté le lundi 06 octobre 2008 05:55

ARTICLE LE MONDE: Le difficile retour à la vie

Le difficile retour à la vie "civile" des anciens otages colombien
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Après des années passées dans la jungle, les otages colombiens récemment libérés vivent l'expérience du retour. A Bogota, des psychologues spécialisés les attendent. "Passé l'euphorie de la libération, les difficultés commencent", souligne Olga Lucia Gomez, présidente de Pais Libre ("pays libre"), une association qui prête assistance juridique et psychologique aux otages et à leurs familles. Pendant un quart de siècle, la Colombie a battu tous les records en matière d'enlèvements.

Des détails quotidiens disent la difficulté de la réadaptation à la vie "civile". "Après des mois passés dans la forêt, certains ne supportent plus un matelas moelleux et préfèrent dormir par terre", raconte Dary Lucia Nieto, de Pais Libre. Janeth Santiago, une de ses collègues qui travaille au ministère de la défense, raconte le cas d'une ex-otage qui pouvait jouer pendant des heures avec l'interrupteur, fascinée de voir la lumière jaillir après avoir vécu quatre ans dans la forêt sans jamais voir une ampoule électrique.

La réadaptation a ses phases. Les premiers jours, l'intensité des émotions et la peur d'être en train de rêver ne laissent pas dormir l'ex-otage. L'euphorie peut durer plusieurs semaines ou plusieurs mois. Elle est parfois suivie d'une phase de profonde dépression.

"J'ai un enfant à découvrir et à élever : cela donne un sens à ma vie pour les quinze ans à venir. C'est un privilège", explique, souriante, Clara Rojas (l'ex-collaboratrice d'Ingrid Betancourt), qui a eu un bébé en captivité. Comme les autres, elle parle de la jungle comme d'un personnage vivant qu'elle aurait trop longtemps côtoyé. "Moi, dit-elle, je ne l'ai jamais détestée." Cela l'aide à l'oublier. La plupart des otages rêvent pendant des mois, voire des années, d'obscurité, de serpents et de torrents assassins.

"La vie d'un otage ne commence pas le jour de son enlèvement. Sa personnalité, son environnement familial, les circonstances de son enlèvement et de sa libération jouent évidemment un rôle fondamental dans la façon dont il va affronter la captivité et vivre le retour", rappelle Olga Lucia Gomez.

Plusieurs étapes marquent la vie d'un otage en captivité. "Dans un premier temps, la victime refuse sa condition. La négation, la rage, le sentiment d'injustice l'annihilent. Au bout de quelques jours ou de plusieurs mois vient la phase d'acceptation et d'adaptation : l'otage mobilise alors toutes ses ressources - physiques, émotionnelles, intellectuelles et spirituelles - pour survivre. Parallèlement, le corps se fait plus résistant aux moustiques, aux intempéries, à la nourriture et à l'eau impures ainsi qu'aux marches interminables", résume Dary Lucia Nieto. Paradoxalement, les otages "longue durée" sortent de l'épreuve en meilleur état physique et mental que ceux dont l'enlèvement n'a duré que quelques semaines.

"ARRÊT SUR IMAGE"

Beaucoup, en Colombie comme en France, se sont étonnés de voir Ingrid Betancourt et ses compagnons d'infortune apparemment "en pleine forme" au sortir de la jungle, le 2 juillet. Tous les ex-otages affirment que Dieu les a aidés à traverser l'épreuve. "Certains otages sans aucune éducation religieuse inventent en captivité rites et prières", rappelle Olga Lucia Gomez. Les ravisseurs marxistes fournissent fréquemment une bible à leurs victimes.

"L'enlèvement est comme un arrêt sur image pour l'otage, qui rêve de retrouver sa vie telle qu'il l'avait laissée. Mais la vie a continué sans lui, et beaucoup de choses ont, parfois, changé", explique Olga Lucia Gomez.

Les décisions à prendre - concernant notamment le paiement d'une rançon - ont parfois déchiré durablement l'entourage familial. Des épouses dociles et effacées ont appris à se débrouiller toutes seules. Des enfants devenus adolescents supportent mal ce père inconnu qui sort de la jungle trop autoritaire ou au contraire trop fragile. "Je me souviens d'un homme qui, des mois après sa libération, ne pouvait voir ses enfants sans fondre en larmes, ce qui avait fini par les éloigner de lui", raconte Dary Lucia Nieto. "Il faut réapprendre à vivre ensemble, réajuster deux histoires parallèles. Le couple et la famille en sortent parfois plus unis et plus solidaires. Dans certains cas, le divorce est inévitable", explique-t-elle.

Sous l'oeil scrutateur des caméras, la récente libération des otages politiques a révélé des drames sous-jacents. Plusieurs militaires ont retrouvé leur épouse avec un autre, et leurs enfants avec des demi-frères ou soeurs. Libéré en février, l'ex-parlementaire Jorge Eduardo Gechem a publiquement annoncé qu'il divorçait de sa femme, à laquelle il écrivait, quelques mois plus tôt, des lettres d'amour passionnées. Resté seul à Bogota, le mari d'Ingrid Betancourt, Juan Carlos Lecompte, l'attend encore. La captivité est une indicible tragédie, pour les otages comme pour leurs familles.

Marie Delcas
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# Posté le jeudi 31 juillet 2008 09:10

ARTICLE METRO : L'INFIRMIER D'INGRID

ARTICLE METRO : L'INFIRMIER D'INGRID
Ingrid Betancourt serre le soldat William Perez, qui a pris soin de sa santé dans la jungle.

L'infirmier d'Ingrid Betancourt se confie.

Otage des Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC) pendant plus de dix ans, le soldat William Perez a vécu sa minute de gloire quelques heures après sa libération, le 2 juillet dernier, quand Ingrid Betancourt l'a publiquement remercié d'avoir pris soin de sa santé quand elle était chancelante.

Paradoxalement, l'homme de 33 ans avait, à une certaine époque, mis de côté ses ambitions de devenir médecins pour s'enrôler dans l'armée...

Qu'avez-vous fait la première journée où vous avez obtenu votre liberté?
Je me suis entretenu avec les médias (rire)! J'ai revu les membres de ma famille et j'ai marché dans ma ville. Je n'ai pas pu aller bien loin parce qu'on m'arrêtait fréquemment pour me parler, alors que je recherchais plutôt le calme.
Comment avez-vous été capturé par les FARC?
Il ont attaqué mon unité. L'armée ne s'y attendait pas. Notre groupe a été capturé au bout d'une journée de tirs nourris.

Au départ, est-ce que vous croyiez que votre captivité serait longue?
Jamais. Au départ, je croyais que ce serait une captivité de courte durée, que ce serait une question de jours, peut-être de semaines. Ça a finalement pris presque 11 ans pour que je recouvre ma liberté.

À quoi ressemblait votre quotidien dans la jungle?
Ça dépend. Les premières années ont été plutôt calmes. Nous écoutions la radio, faisions du bricolage, nous lisions. Vers la fin de ma captivité, nous marchions beaucoup. La guérilla se sentait traquée et nous changions de lieu toutes les semaines. Ces interminables marches sont parmi mes pires souvenirs.
Combien de temps pensiez-vous pouvoir vivre dans ces conditions?
Si, dès le départ, j'avais su que j'allais être prisonnier pendant plus de 10 ans, je serais devenu fou. Personne ne pense en fonction du temps qu'il reste. On espère plutôt s'en sortir. C'est de cette façon que les otages peuvent tenir le coup pendant des années.

Que mangiez-vous?
Du riz et des légumineuses. Une fois par année, on nous servait des fruits, des légumes ou de la viande. Le dernier mois, nous étions rationnés.

Pendant tout ce temps en captivité, avez-vous tissé des liens d'amitié avec vos geôliers?
Jamais. Mais une forme de tolérance s'était créée entre nous. Les relations se sont améliorées une fois que je les ai aidés sur le plan médical, mais sinon, c'était de la torture.

De quoi parliez-vous?
Au début, on échangeait sur des sujets politiques. Mais au fur et à mesure, on ne parlait que pour parler. Les membres des FARC ont un esprit étroit. Ils n'ont qu'une vision des choses.

Est-ce qu'ils posaient des gestes humains?
Des fois, ils posaient des gestes incroyables. Ils nous apportaient de la musique ou nous disaient que notre captivité tirait à sa fin. Mais la plupart du temps, ils nous traitaient de façon cruelle.
Donc, pas de syndrome de Stockholm?
Non. C'est plutôt impossible dans la jungle (rire)! Ils nous attachaient à un bâton avant de nous souhaiter bonne nuit. Leurs méthodes ne pouvaient qu'inspirer le rejet.

Est-ce que les FARC discriminent leurs prisonniers?
Non. Nous mangions tous la même nourriture et nous étions tous attachés à la même chaîne.

Avez-vous tenté de fuir?
Jamais. Je devais rester pour m'assurer que tout le monde survive dans la jungle.

Les FARC disent que l'opération qui a permis votre libération était arrangée...
Ils ne reconnaîtront jamais que ce fut une opération parfaite. Mais il est difficile de croire à cette perfection. Je crois que cette opération et notre libération sonnent le glas de la guérilla. Ils sont très faibles.

Comment perceviez-vous la guérilla quand vous viviez avec ses membres?
Pendant les 10 années de ma captivité, j'ai vu les FARC dans tous leurs états. En 2000, ils étaient très puissants, une puissance qui s'est effritée depuis. Certains jours, ils n'avaient rien à manger. Je les ai même vus manger des racines d'arbre. Aussi, leur armement était vieux.

Quand avez-vous tissé des liens d'amitié avec Ingrid Betancourt?
Il n'y avait pas de tensions entre les soldats, Ingrid et sa directrice de campagne, Clara Rojas (libérée plus tôt cette année, NDLR). Au début, nous n'avions pas de sujets de discussion en commun. Et puis, notre coexistence et notre vie dans la jungle ont renforcé nos liens.

On dit qu'Ingrid Betancourt a survécu grâce à vous...
Peut-être, mais elle s'est battue pour rester en vie.

Combien de temps a-t-elle été malade?
Elle a été en danger de mort pendant quatre mois à la fin de 2007.

Comment avez-vous pris soin d'elle?
Je l'ai nourrie, je lui parlais de sa famille, je l'ai suppliée de vivre pour qu'elle puisse revoir ses enfants... Je lui ai expliqué que les médicaments que je lui donnais lui sauveraient la vie.

Vous avez donc agi comme son ange gardien?
Je suis plus devenu son psychologue, puisque nous n'avions pas de médicaments disponibles la plupart du temps.

Êtes-vous encore amis?
Nous venons de deux univers professionnels différents, mais je lui suis très reconnaissant. Elle est très occupée présentement, mais j'espère que nous pourrons préserver notre amitié. J'ai hâte de la revoir.

Avez-vous, à un moment ou à un autre, perdu espoir de recouvrer votre liberté?
Non.

Vous avez passé le tiers de votre vie en tant que prisonnier. Quels aspects de votre vie ont changé?
Ma vie a changé à 100 %. Je suis moins ambitieux. Dans la jungle, on vit dans le strict minimum, ce qui a changé ma perception de l'abondance. Aussi, j'ai appris à être plus tolérant, à écouter des points de vue qui sont opposés aux miens et à vivre avec des gens issus de différents horizons.

Que comptez-vous faire maintenant? Retourner au front?
Je ne sais toujours pas. J'écouterai mes supérieurs. Si on me demande de retourner dans la jungle, j'irai avec fierté.

Hollywood projette de tourner un film sur l'opération qui vous a permis de recouvrer votre liberté. Aimeriez-vous vous joindre à ce projet?
Je pense que j'en ai eu assez de le vivre. J'espère qu'ils feront un bon film pour la postérité. J'aiderai si on me le demande, mais je ne pense pas pouvoir me glisser dans la peau d'un acteur (rire!).


# Posté le mardi 15 juillet 2008 05:15

ARTICLE LE MONDE : AMERTUME DES FAMILLES DES OTAGES

ARTICLE LE MONDE : AMERTUME DES FAMILLES DES OTAGES
L'amertume des proches des otages colombiens restés aux mains des FARC.

Virginia Franco serre contre son manteau la photo de son fils. Comme tous les mardis, elle est venue sur la Grand-Place de Bogota pour exiger la libération de tous les otages aux mains des Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC). "Luis Alfonso était un bon fils. Il a été capturé au combat, le 3 mars 1998. Sa fiancée l'a attendu des années, puis elle s'est mariée avec un autre, il y a quatre mois", raconte Virginia de sa voix douce et résignée. Sur une banderole fatiguée, une revendication : "Pour un accord immédiat, tout de suite". Une trentaine de personnes sont là, mardi 8 juillet, six jours après la spectaculaire libération d'Ingrid Betancourt, de onze militaires colombiens et de trois Américains.
"Quand ils ont été libérés, nous avons ressenti une joie immense et une infinie tristesse. On ne pouvait pas s'empêcher de penser à ceux qui sont restés", soupire Marleny Orejuela, présidente d'Asfamipaz, l'association qui réunit les familles des soldats et des policiers détenus par la guérilla. Les FARC qui, depuis des années, tentaient de contraindre le gouvernement à des négociations directes, ont perdu leur carte maîtresse, Ingrid Betancourt. Mais les otages "politiques" sont encore au nombre de 30 - 3 civils et 27 militaires. Et personne ne sait combien la guérilla détient d'otages "économiques", enlevés contre rançon.

"MOBILISATION"

Virginia Franco ne cache pas son inquiétude. "Nous savons que la guérilla va exercer des représailles contre ceux qui sont restés dans la forêt. Les mauvais traitements et les vexations vont empirer. Mais j'espère que rien de grave ne va leur arriver", dit-elle. Depuis août 2003, Virginia n'a reçu aucune preuve de vie de son fils. "Je n'ai pas réussi à parler aux otages qui ont été libérés la semaine dernière. Les militaires ne m'ont pas laissée entrer sous prétexte que mon fils n'était pas dans leur groupe", se désole-t-elle. Son beau-frère, José Uriel, voudrait bien faire le voyage à Paris "pour aller raconter, là-bas, qu'il y a des otages de première catégorie, et ceux qui ne comptent pas". Ils espèrent que la communauté internationale - la France en tête - ne va pas les oublier. "L'heure n'est plus à la négociation d'un accord humanitaire", a déclaré, lundi, le haut-commissaire pour la paix, Luis Carlos Restrepo. C'est la reddition complète des FARC que le gouvernement voudrait maintenant négocier.

"Les services de renseignements ont réussi un exploit. Rien ne dit qu'il y en aura un autre. Les FARC vont maintenant être sur leurs gardes. Nous continuons d'exiger que guérilla et gouvernement s'assoient à la table des négociations, soupire Marleny Orejuela. On comprend qu'Ingrid Betancourt, dans l'émotion de la libération, ait apporté son soutien enthousiaste au président Alvaro Uribe. Mais je crois qu'elle va rapidement s'en démarquer. Il y a tellement de problèmes à régler : pauvreté, déplacés, disparus." José Uriel résume : "Seules des négociations pourront conduire à la paix, et seule la paix permettra d'en finir une fois pour toutes avec la pratique des prises d'otages." Ils s'inquiètent, en entendant Ingrid Betancourt expliquer que la guérilla n'a jamais eu l'intention de négocier quoi que ce soit. Pour Olga Lucia Gomez, présidente de Pais Libre (Pays Libre), une association qui apporte aux familles d'otages soutien psychologique et conseils juridiques, "l'action de l'armée a rendu confiance à des dizaines de familles d'otages qui avaient fini par se convaincre que l'Etat se souciait peu de leurs proches. Mais seule la mobilisation de la société colombienne permettra de mettre un terme à cette interminable tragédie". Elle espère que la manifestation du 20 juillet contre les enlèvements sera massive. Et qu'Ingrid Betancourt va tenir parole et devenir l'infatigable ambassadrice de tous ceux qui sont restés dans la forêt.

Marie Delcas
# Posté le samedi 12 juillet 2008 05:39