Enchaînée 24 heures sur 24 pendant trois ans, un traitement qu'elle n'infligerait même pas à une plante: Ingrid Betancourt lève petit à petit le voile sur ses conditions de détention au fil des prises de parole.
A son arrivée à Paris, l'ex-otage a raconté le "monde absolument hostile" de la jungle colombienne ou elle a passé six ans et demi passés aux mains des Farc, un récit dur qu'elle a teinté d'humour.
La jungle, "c'était pas de soleil, pas de ciel, un plafond vert. Alors je suis très écolo mais trop c'était trop", a-t-elle plaisanté à la tribune de la salle des fêtes de l'Elysée, ou l'attendaient des dizaines de membres des comités de soutien, personnalités ou simple anonymes.
"C'est un monde absolument hostile avec des animaux dangereux, dont le plus dangereux de tous (est) l'homme", a-t-elle poursuivi, évoquant des marches forcées de 300 kilomètres par an. "En sept ans, faites le calcul".
Elle marchait avec "un chapeau jusqu'aux oreilles" et des gants "parce que toutes sortes de choses vous tombent sur la tête, des fourmis, des bestioles, des poux, des tiques".
"Chaque fois que vous essayez de vous raccrocher pour ne pas tomber, vous avez mis la main sur une tarentule (...) sur une épine", a-t-elle ajouté.
Vendredi matin, Ingrid Betancourt a été interrogée sur Europe 1 sur d'éventuelles "tortures, vexations et humiliations" pendant sa détention.
"Oui, elles ont existé", a-t-elle répondu, mais "lorsque j'ai pris cet hélicoptère et que je me suis élevée au-dessus de cette jungle, je me suis dit à moi-même que ces détails sordides ne devaient pas être portés à la connaissance du public".
LES CIGARETTES, MONNAIE D'ÉCHANGE
"J'ai eu les chaînes tout le temps, 24 heures sur 24, pendant trois ans", a-t-elle cependant précisé.
"Je pense qu'il faut garder une grande spiritualité pour ne pas glisser dans cet abîme", a souligné la Franco-Colombienne, attendue la semaine prochaine au Vatican.
Mercredi soir, quelques heures après sa libération, l'ancienne sénatrice s'était agenouillée sur le tarmac de l'aéroport militaire colombien ou elle venait de retrouver sa mère, remerciant Dieu et la Vierge.
"Dans ce monde hostile ou tout est ennemi, tout est dangereux, tout est contre vous, il y a Dieu. Et puis pour moi, il y avait vous", a-t-elle lancé en direction des personnes rassemblées à l'Elysée vendredi.
Interrogée sur France 2 jeudi soir, elle avait expliqué qu'elle n'aurait pas infligé à un "animal, même pas à une plante" le traitement qu'elle avait reçu pendant sa détention.
Lors d'une conférence de presse à Bogota, elle avait commencé à donner des précisions. Chaque soir, ses gardiens la forçaient à rejoindre son hamac à six heures, a-t-elle raconté.
Dans les camps des rebelles, les cigarettes lui servaient de monnaie d'échange, par exemple contre un morceau de savon ou contre des médicaments pour calmer ses douleurs d'estomac.
Ses tentatives d'évasion avaient rendu ses gardiens furieux et les punitions avaient chaque fois été sévères - enchaînée par le cou à un arbre, privée de nourriture, forcée de marcher pieds nus d'un camp à l'autre.
"J'ai eu des expériences douloureuses (...) mais je ne veux pas en parler, maintenant c'est le temps du bonheur", avait-elle conclu.
Laure Bretton, édité par Pascal Liétout



